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Le tunnel du mont Perthois

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mercredi 10 juin 2009, par Eric L.

Le mont Perthois, situé à équidistance entre le mont Haut et le Casque, est un objectif majeur de l’offensive du 17 avril 1917.

La ligne de crête située entre le Mont Haut et le Casque sépare les restes du bois du mont Perthois au sud, des pentes abruptes de la Fosse Froide (Bärenburg selon la dénomination Allemande) au nord. Tout comme au Cornillet, les Allemands ont considérablement renforcé les défenses de ce secteur. Afin de pouvoir faire communiquer en toute discrétion, les lignes au sud des monts de l’arrière, en passant par la Fosse Froide, la création d’un tunnel est apparue comme une évidence. La date du début des travaux souterrains reste incertaine, mais le creusement est très probablement contemporain à ceux du tunnel du Cornillet. Le tunnel, simple galerie comporte donc une entrée "sud-est" débouchant à la lisière des bois parallèles des pentes sud et une entrée "nord-ouest" au sommet de la fosse-froide. Une voie étroite de 0,40m permet, via le tunnel, d’alimenter les positions intermédiaires depuis le village de Moronvilliers.

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La fosse froide, appelée à tort "fosse blanche" sur cette photo.

Le tunnel dans l’offensive d’avril 1917 :

Le destin des occupants du tunnel sera moins tragique qu’au Cornillet, et pourtant ...

Côté allemand, la veille de l’offensive française sur les monts de Champagne, le secteur passe de la IIIe armée du général Von Einem, à la première armée du général von Bülow. Les monts sont tenus par le 14e Corps de Bade. Les 214e et 58e Divisions d’infanterie subiront de plein fouet l’attaque Française du 17 avril. Côté Français, le secteur du mont Perthois échoit à la 45e DI du Général Naulin. L’objectif de l’attaque est d’atteindre les pentes sud du mont, après avoir enlevé les premières lignes situées dans la plaine au sud.

Le mont Haut tombe le 18, mais les sommets du Perthois restent toujours aux mains des Allemands. Les jours suivants, la situation reste globalement inchangée. L’offensive des monts de Champagne s’enlise. De violents combats à la grenade ont lieu au Casque.

La 45e DI est relevée par la 131e DI le 22 avril ; la puissante contre-attaque allemande est bloquée au niveau du mont Haut. Du 23 au 30 avril, la situation reste inchangée. Les Français tentent de consolider leurs positions rendues particulièrement vulnérables à l’artillerie.

Positions successives du 14e RI (Source Mémoire des Hommes)
Le 22 avril
Le 30 avril
Le 04 mai

Le 30 avril, une nouvelle offensive d’envergure est décidée sur la chaine des monts. Nos poilus vont avoir l’occasion à nouveau de courir sur le mont !

C’est à partir de cette date que le tunnel du Perthois va faire parler de lui ...

Le 14e RI est chargé d’enlever la crête du Perthois. En détail, le 1er bataillon (Btl Reine) a comme objectif principal l’entrée sud-est du tunnel. Le 3e bataillon (Btl Didier) doit quant à lui occuper la crête de la Fosse-froide et se rendre maitre de l’entrée nord-ouest du tunnel.
Le JMO du 14e RI mentionne que les soldats partent à l’offensive à 14h20 "comme à la manœuvre" ... manœuvre qui se soldera tout de même par un lourd bilan : 58 tués, 198 blessés et 20 disparus rien que pour cette demi-journée du 30 avril !
De même, le JMO de la 262e brigade dont fait parti le 14e RI cite un soldat de ce régiment "Ca a marché comme au camp de Bois l’Evèque" ... citation réelle ou propagande, nul ne le saura jamais...

Quoi qu’il en soit, malgré ce lourd bilan, les objectifs sont atteints et même dépassés :
Depuis le bois du Casque, le bataillon Reine et les mitrailleurs de la 2e compagnie contraignent sous le feu, les Allemands sortis du tunnel à y rentrer à nouveau afin de s’abriter. De même, l’entrée nord-ouest du tunnel est gardée par les mitrailleurs français.
A 18h, l’entrée sud-est est obstruée par un mur en terre commencée par les fantassins et continué par la compagnie 18/51T (3e section) du 2e RG.
Les Allemands, réfugiés dans le tunnel sont en bien mauvaise posture : emmurés à l’est, battus par les mitrailleuses à l’ouest, le piège se referme !
Dans la nuit du 1er au 2, les boisages de l’entrée ouest sont incendiés.
De plus, subtil raffinement, à l’entrée ouest, les sapeurs du génie préparent deux fourneaux de mine chargé avec 400 kg de cheddite afin d’écraser la voute et emmurer les occupants ! L’explosion est prévue pour la nuit du 2 au 3 mai. De son coté, l’infanterie veille à ce que les occupants du tunnel ne puissent s’échapper.
Le 2, vers 19h, la garnison allemande, dont on peut imaginer l’état de tension, demande à parlementer avec le commandement du 2e bataillon, puis se rend au 14e RI. Le bilan fait état de 5 officiers, 2 médecins et plus de 250 hommes de troupe dont une trentaine de blessés. La liste de matériel récupéré est également impressionnante, tant au niveau des armes que du matériel (groupe électrogène, matériel médical).
Un sort semblable à celui qu’ont connu les occupants du tunnel du Cornillet a été évité de peu ...

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Une mystérieuse carte postale : Est-ce l’entrée NO du tunnel ?

Lors de cette reddition, les Français apprendront des prisonniers et pourront se rendre compte en visitant le tunnel, que celui-ci est encore en cours de percement. Les chambrées et autres salles n’ont pas encore été complètement creusées, contrairement au Cornillet terminé avant les offensives d’avril 17.

La 131e DI va ensuite consolider ses positions et prendre possession du tunnel. Ainsi, du 2 au 14 mai, la 1ere section de la compagnie 18/51T va entreprendre des travaux d’aménagement du tunnel.
Le 04 mai 1917, conformément à la note du Général Brulard commandant la 131e DI, une compagnie du 14e RI est laissée en réserve dans le tunnel. Le PC du 2e bataillon est établi à l’entrée est.

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Entrée (SE ?) du tunnel après l’offensive Française. (Numérisation d’une plaque stéréoscopique. Collection R. Yost)

Le 05 mai, le 14e RI est remplacé par le 7e RI et part en seconde ligne comme réserve régimentaire. Les pertes du 14e RI au mont Perthois s’élèvent à 158 tués, 548 blessés et 26 disparus, soit près de la moitié de l’effectif du régiment mis hors de combat en moins de 15 jours !

Le tunnel de mai 1917 à juillet 1918 ...

Les divisions vont se succéder à bon rythme jusqu’en novembre 1917. Le tableau suivant présente les unités en place :

Unités en place dans le secteur du mont Perthois entre avril 1917 et juillet 1918
DateDivisionRégimentCie génie
20/04/17 → 04/05/17131e14e18/51/T
05/05/17 → 12/05/17131e7e18/51/T
13/05/17 → 08/06/1772e324e25/1
09/06/17 → 03/07/1755e289e5/13
04/07/17 → 23/07/1772e164e25/1
24/07/17 → 16/09/17132e166e25/4
17/09/17 → 07/11/1772e164e ou 305e ? ?
08/11/17 → 08/03/18163e53e4/12
09/03/18 - > 21/07/18124e101e15/13

Durant cette période, peu de mouvement au niveau du tunnel. Les travaux d’aménagement reprendront du 12 au 14 juin (compagnie 5/13 de la 55e DI) et en septembre avec le percement d’une 3ème sortie par la compagnie 25/4 alors affectée à la 132e DI. Entre novembre 17 et mars 1918, la 163e DI prend place dans le secteur situé entre le mont Haut et le mont Sans-Nom. Autant, la documentation concernant le percement des tunnels du Sans-Nom et de la cote 181 est riche (Voir l’article sur le Tunnel du Mont Sans-Nom), autant les informations concernant le tunnel du Perthois sont minimes. On sait juste que des dispositifs de destruction des entrées ont été mis en place par la compagnie 4/12 du 1er RG.

Il faudra attendre le 25 avril 1918 pour que le tunnel fasse à nouveau parler de lui. En effet, un incendie s’est déclaré dans la salle des machines. Les sapeurs-mineurs de la compagnie 4/52 dressent des sacs de terre dans la galerie principale et obstruent les puits d’aération. L’incendie ne sera circonscrit que deux jours plus tard. D’importants travaux de réfection sont indispensables. Les matériaux nécessaires à ces travaux sont acheminés à l’entrée est le 29 en utilisant la voie étroite. Le 1er mai, une équipe composée d’un sergent et de 4 sapeurs-mineurs commence les travaux de la galerie principale. Ces travaux dureront une semaine.

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Sur ce plan directeur de janvier 1918, le tunnel est bien visible ainsi que l’entrée creusée par le Génie (galerie dans l’axe N-S)

La fin du tunnel ?

Fin juin, la 124e DI est en place dans le secteur des monts de Champagne. Préssentant une offensive allemande d’envergure, les compagnies du génie de la division vont détacher du personnel pour mettre à feu les dispositifs de destruction des tunnels en cas d’avance ennemie. Ainsi, la compagnie 26/4 détache 3 hommes au Cornillet (leur destin ne sera connu qu’après l’armistice ... mais ceci est une autre histoire !). La compagnie 15/13 du 7e RG envoi les sapeurs Trotignon et Bourgeois au tunnel du mont Perthois avec la même mission. Il en sera de même au tunnel du mont Sans-Nom

Lors de l’offensive Allemande du 15 juillet, l’état-major du IVe corps d’armée sera informé que les dispositifs de destruction des tunnels du Cornillet et du Sans-Nom ont joué, rendant ces souterrains inaccessibles, ou tout au moins inutilisables (au moins pour celui situé sous le mont Sans-Nom). En revanche, aucune information quant au succès ou à l’échec de la mission confiée aux deux sapeurs pour le Perthois, n’a été retrouvée dans les JMO. Que sont donc devenus les sapeurs Trotignon et Bourgeois ? Ils ont bien été portés manquant à l’effectif de la compagnie ; mais ne semble pas avoir été tués (ils ne figurent pas dans les fiches "Morts pour la France"). Ont-ils été capturés lors de l’offensive Allemande, puis libérés après l’armistice ?

Les mécanismes de destruction ont-ils joués ? Rien ne permet de l’affirmer. En tout cas, plus aucune mention du tunnel ne sera retrouvée dans les historiques à partir de cette date.
La réponse du devenir du tunnel se trouverait certainement dans une recherche sur le terrain. Malheureusement, sa situation au cœur du site du CEA en fait un objectif bien difficile a atteindre...