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Un tunnel Allemand sous le Chemin des Dames

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mercredi 13 janvier 2010, par Eric L.

Si le Chemin des Dames est bien connu pour ses creutes qui, de plus en plus, deviennent un fond de commerce des sites à vocation photographique, en revanche, bien moins étudiés sont les tunnels militaires creusés lors de la première guerre dans ce secteur. Et pourtant, entre Cerny et Chevreux, pas moins d’une vingtaine d’ouvrages de ce type ont été creusés. Et l’on ne peut que constater l’hégémonie Allemande dans ce domaine : Tunnels de Cerny, d’Ailles, du Trou Bricot ou encore ceux de l’est du Chemin des Dames comme celui évoqué dans cet article.
Il faut dire que depuis 1915, les pioniere ont eu tout le temps pour se consacrer, souvent à l’aide de moyens mécaniques, au creusement de ces tunnels. Et ce ne sont pas les quelques coups de mains Français dans le secteur qui les ont beaucoup perturbés !

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Au sol les restes de la voie étroite. A droite un escalier débouchant au niveau des tranchées intermédiaires.

Le tunnel étudié ici permettait une communication discrète et relativement sécurisée entre les tranchées intermédiaires et la première ligne. Une voie étroite assurait la liaison entre l’entrée nord du tunnel et les ruines de Vauclerc via la clairière des frères Anciaux. Les traces de cette voie de 0,60m se retrouvent également dans la section élargie du tunnel.

Comme le tunnel du Trou-Bricot ou le Kaiser Tunnel, ce tunnel est creusé dans le sable, c’est-à-dire sous la couche calcaire. Attrait géologique, les différents étages sont bien visibles au niveau des anciennes sorties. Ainsi en descendant dans le souterrain, le visiteur traverse d’abord les couches de calcaire lutécien avant d’arriver au niveau du sable Cuisien (n.d.r. de Cuise-la-motte, dans l’Oise) de l’étage Yprésien.
Le recouvrement par rapport au plateau est d’environ 30 mètres, le mettant, au moins pour la partie centrale, à l’abri des bombardements. En contrepartie, l’ouverture d’un tunnel dans une couche décompactée, entraine des problèmes, de stabilité d’une part et de fluage d’autre part. C’est pourquoi la galerie principale était entièrement boisée.

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Coupe de la galerie principale. Source : Service Historique de la Défense.
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Galerie principale. On remarque au sol les restes de boisage.

Le tunnel fut pris le 5 mai 1917 par le 123e RI aidé d’une section Schilt. Jusqu’en juillet, le Génie va réaliser des travaux dans l’urgence dont les principaux ont pour objet la mise en défense de l’entrée nord et le rétablissement des entrées sud malmenées par les pilonnages successifs de l’artillerie. A partir du mois d’aout, les travaux des unités du génie vont se concentrer sur les aménagements autour et dans la grotte du Dragon. La reprise des travaux français aura lieu au début 1918. Les sapeurs du 8e bataillon Mascart-Dessoliers vont réaliser un important creusement en vue de relier le sud du tunnel au PC situé au sud de la route de Craonnelle. Ainsi, l’ensemble comprenant le tunnel Français percé en 1918 dans le prolongement de celui réalisé par les Allemands quelques années auparavant deviendra le plus long tunnel militaire du Chemin des Dames, avec un cumul de plus de 800 mètres de galeries. Cet ensemble souterrain servira de point d’appui jusqu’en mars 1918. Les troupes Allemandes submergeront alors littéralement le secteur, forçant les Français à se replier dans le plus grand désordre sans que le tunnel ait pu jouer un rôle défensif important.

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Relevé d’exploration, partie Allemande.

De nos jours, seuls quelques tunnels sont encore accessibles dans cette partie du Chemin des Dames. Celui-ci, dont le parcours reste extrêmement risqué, ne peut être exploré dans sa totalité. En effet, la partie sud est devenue inaccessible suite à un effondrement.

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Aspect délabré de la galerie principale.