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La mine du 30 décembre 1914 sous la ferme d’Alger

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dimanche 9 janvier 2011, par JFW

L’article présenté ci-dessous reprend quasiment intégralement un compte rendu du 4e régiment de tirailleurs algériens concernant la mine allemande qui a explosé sous leurs positions le 30 décembre 1914. Ce compte rendu, même s’il est un peu fastidieux, est intéressant à plus d’un point :

  • il retrace au plus près du terrain les événements de ce jour,
  • il n’a pas, ou peu, de propagande comme on peut le voir un peu trop souvent dans les compte rendus officiels et dans les JMO.

Par contre, comme ne le souligne pas ce compte rendu, la mine de la ferme d’Alger n’était pas une attaque isolée de peu d’importance ou une mine "exotique". Elle faisait partie d’un vaste plan allemand certainement en partie éventé par les Français.

Mais ceci fera l’objet d’un article plus complet dans les mois qui viennent.

La ferme d’Alger juste après le conflit

Le 30 décembre 1914, la situation des unités dans le sous secteur de la Pompelle est la suivante : En première ligne Occupant la tranchée au nord de la ferme d’Alger et les tranchées immédiatement à l’est et à l’ouest de la ferme d’Alger, la compagnie Jean (2e). Occupant les tranchées à l’est de la ferme d’Alger le long de la route de Cambrai au sud de cette route avec quelques éléments de tranchées au nord, la compagnie François (4e) en liaison avec liaison avec la compagnie Guennebaud (18e), du sous secteur du centre (chef de bataillon Touperot). Occupant la tranchée à l’ouest de la ferme d’Alger au sud de la route de Cambrai, la compagnie Cassaigue (22e) en liaison avec le 310e régiment d’infanterie. En réserve, au fort de la pompelle, un peloton de la 5e compagnie du 118e Territorial, 1 section de la compagnie Carfaigue. Au canal près du poste de commandement du sous secteur, un peloton de la 5e compagnie du 118e avec le capitaine Guéraud et 1 section de la compagnie François. Les communications téléphoniques étaient assurés par le poste de Commandement du sous secteur avec Puisieulx, avec le sous secteur centre (Toufenot), avec le Poste de Commandement 310, avec le fort de la Pompelle, avec tranchées première ligne, compagnie Cassaigue.

croquis de tranchées du secteur de la ferme d’Alger, la Pompelle, où le 4e Tirailleurs était en ligne le 30 décembre

Ce réseau était complété par la ligne de la section de projecteurs, qui fut utilisée quand la ligne des tranchées fut coupée. Vers 4h20, une fusillade éclate très intense au début devant les tranchées du 310. Les unités de première ligne (compagnies Jean, François et Cassaigue), occupent les tranchées de tir. La compagnie Jean dans les tranchées, est reportée comme suit : section adjudant chef Bouteille, tranchées au nord de la ferme d’Alger. section sous Lieutenant Favier, tranchées à l’ouest de la ferme, en échelon en arrière et à gauche de la section Bouteille, section Lieutenant Gaillot à l’est de la ferme, dans les tranchées au sud de la ferme. Prenant une initiative heureuse, l’adjudant Scapula porte sa section qui était en réserve dans la tranchée à l’est de la ferme d’Alger. Les unités ne sont pas encore entièrement arrivées sur les emplacements que le feu des Allemands devient très violent devant elles. Elles répondent par des feux de salve.

Vers 5h, la fusillade devient moins nourrie. Le capitaine Jean fait cesser le feu de sa compagnie, et ordonne que dans chaque section, une demi-section seulement restera à la tranchée, l’autre regagnera les abris. Le capitaine Jean rentre lui même dans son abri pour y rédiger un compte rendu. A 5h15, un formidable ébranlement secoue tout le terrain, suivi d’une forte et sourde explosion, répondant sur la ferme d’Alger et les tranchées environnantes un épais nuage de fumée. Dans cette partie du terrain, la nuit est devenue subitement très obscure. Le capitaine Jean, qui est pris sous les décombres de son abri effondré, parvient à se dégager non sans peine. Il constate que les Allemands ont fait exploser un important fourneau de mine et que cette explosion a produit une excavation (à l’angle nord est de la ferme) ayant un diamètre de 40m environ et 12m de profondeur. Elle avait enseveli la moitié de la section Bouteille et une escouade de la section Favier, blessé de nombreux hommes.

cratère produit par l’explosion du 30 décembre, source : SHD

L’éventualité de l’explosion était prévue depuis longtemps. Toutes les unités qui s’étaient succédées dans la ferme d’Alger et dans les tranchées environnantes avaient rendu compte que la nuit elles entendaient des bruits provenant du sous sol. En prévision de cette éventualité, le commandant du sous secteur avait décidé que, lorsque le danger deviendrait par trop pressant, les unités de première ligne prononceraient un mouvement offensif et établiraient une nouvelle ligne de tranchées à environ 50m de la première ; l’imminence du danger devait être signalé par le Génie. L’explosion ayant mis hors de combat la moitié de la compagnie Jean, le commandant du sous secteur (commandant Métoés) dût renoncer à ses intentions d’offensive. Aussitôt après l’explosion, l’artillerie allemande couvre nos tranchées de projectiles, mais chacun occupe son poste de combat. Le lieutenant colonel commandant le régiment est heureux et fier de pouvoir signaler au commandement la brillante attitude de ces sections fortement éprouvées par une épouvantable explosion. Tous officiers, sous officiers et tirailleurs sont restés à leurs postes de combat conservant leur sang froid. Dans une même tranchée (section Bouteille & section Favier), à côté des camarades ensevelis dans la tranchée même sous un amas de décombres dans les portions de tranchées incomplètement effondrées ou comblées, il y a des tirailleurs qui veillent et qui dans un instant vengeront leurs camarades en infligeant à une troupe d’attaque allemande des pertes sérieuses. Sous un feu violent d’artillerie, les unités qui occupent le fort de la Pompelle (118e Territorial sous le commandement du Lieutenant Clop), se portent à leurs emplacements de combat prêts à intervenir dans le cas où les Allemands s’empareraient de la ferme d’Alger. Grâce aux compte-rendus précis qui envoient rapidement au commandement du sous secteur les capitaines Cassaigues & François des dispositions sont vivement prises pour faire échouer toute tentative d’attaque allemande.

La ferme d’Alger en 1917

Le commandant Métois envoie immédiatement la section de l’adjudant Sebaag de la 4e compagnie en renfort de la compagnie Jean. Le Lieutenant colonel commandant le secteur met à la disposition du commandant du sous secteur le peloton du lieutenant Patriarche de la 18e compagnie (capitaine Guemebaud) pris dans le sous secteur du centre. Ce peloton se place en réserve dans une tranchée de deuxième ligne entre le fort d ela Pompelle et la ferme d’Alger. De Puisieulx, le lieutenant colonel envoie la compagnie Démoulin (2e cie) qui se porte en réserve au canal près du poste de commandement du commavdant du sous secteur. Une section de mitrailleuses qui se place à la droite du peloton Patriarche. Vers 5h15, la compagnie François signale que des unités allemandes sortent de leurs tranchées en face de la ferme d’Alger (environ une compagnie) ; des Allemands provoquent une attaque sur la ferme d’Alger. Des groupes arrivent sur les quelques éléments de tranchées qui subsistent encore au nord et à l’est de la Ferme d’Alger. Là, ils se heurtent aux baïonnettes des tirailleurs et ne peuvent aller plus loin. Ils subissent des pertes sérieuses dues aux feux des compagnies Cassaigue et François et de la section de mitrailleuses Gauthier, dont le chef avait été enseveli sous les décombres et qui avait perdu une partie de son personnel, dirige malgré les blessures et contusions reçues le feu de sa section avec un sang-froid admirable. L’attaque aussitôt repoussée, le capitaine Jean organise immédiatement les lèvres du cratère et rétablir rapidement la ligne de Défense. Ce 30 décembre, l’artillerie ennemie canonne assez vivement les tranchées de première ligne devant la ferme d’Alger, le fort de la Pompelle et les boyaux de communication accédant au fort. Vers 8h, le gal Bloudlat commandant la division du Maroc, se rend à la ferme d’Alger et remet la médaille militaire à l’adjudant Scapula.

Les pertes dûes à l’explosion furent de 15 tués, 40 blessés, 25 disparus.