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Le terrier du Kronprinz

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jeudi 1er février 2007, par JFW

Lors d’un salon spécialisé dans les cartes postales anciennes, nous sommes tombés sur une mystérieuse carte postale, dont la légende mentionnait : "Villiers-au-Vent - Souterrain où séjourna le Kronprinz pendant la bataille [de la Marne]". Aussitôt piqués par la curiosité, nous nous sommes mis à faire des recherches sur cette localité et sur cet ouvrage. Recherches rendues difficiles par la faute d’orthographe peu commune rapportée sur cette carte postale.

Nous vous en présentons le résultat aujourd’hui. La partie historique est extraite du Guide Michelin des Champs de Bataille : "La Marne, 1914, tome 3 : La trouée de Révigny" datant de 1920. La carte y est également extraite.

La bataille de la Marne

Nous sommes en 1914, pendant la première bataille de la Marne, alors que la guerre ne s’est pas encore enlisée dans les tranchées. L’ordre d’opération prévoit, pour la journée du 6 septembre, l’attaque du flanc gauche allemand par la 3ème armée, attaque qui doit correspondre à celle exercée sur le flanc droit par l’armée Maunoury vers l’Ourcq. Mais les allemands prennent les devants avec des forces presque doubles. Ils concentrent leurs efforts sur le 5ème corps, qui est en liaison avec l’armée de Langle de Cary. Ce corps plie sous le choc, mais fait payer chèrement le terrain qu’il est contraint d’abandonner ; quant au 6ème corps, il parvient à peine à conserver ses positions, malgré l’appui du groupe des divisions de réserve qui cherchent à déborder l’aile gauche allemande.

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Journée du 6 septembre 1914. Les positions sont celles de la fin de journée.

Les Allemands prennent l’offensive un peu avant 6 heures du matin. Sommeilles et Nettancourt sont perdus. Le feu d’artillerie est si intense sur Noyers que ce village doit être évacué. Dès lors, les Allemands manoeuvrent pour accentuer la poussée qui doit briser la liaison entre les armée Sarrail et de Langle de Cary ; ils descendent sur Villers aux Vents,a u nord duquel la bataille fait rage. Toute la journée, le 5ème corps se défend pied à pied ; cependant, tout, à tour, Villers-aux-Vents, Brabant-le-Roi, Révigny, Laimont sont abandonnés, après que des pertes importantes aient été subies de part et d’autre. Le soir, la ligne passe par Vassincourt, Louppy le Château et Villotte.

La bataille de Villers-aux-Vents

Villers-aux-Vents a été complètement détruit par l’incendie que les Allemands allumèrent avant de se retirer. Il fut attaqué le 6 septembre par des masses d’infanterie débouchant du nord et du nord-ouest. La 10e division, qui occupait le village et ses environs, se défendit vaillamment. Des combats sanglants eurent lieu au nord de Villers, vers l’étang du Grand-Morinval, au cours desquels le général Roques, commandant la division, fut blessé mortellement. Succombant sous le nombre, la 10e division fut forcée d’évacuer Villers et de se replier sur Laimont. Puis ce village fut lui-même perdu à la nuit et la résistance reportée à l’est, dans les bois.

Un fait marquant à Villers-aux-vents

Trois otages furent arrêtés par les Allemands à Villers dans des circonstances que l’un d’eux, M. Vigroux, a précisées devant la Commission d’Enquête. Il sortait de chez lui lorsqu’il aperçut un autre habitant, M. Minette, entouré de soldats. Au même moment, relate-t-il, un Prussien arrive, m’empoigne et m’emmène, le révolver sous la gorge, près de Minette, sans aucune provocation ni aucun geste de ma part. J’ai vu alors les Prussiens frapper Minette à coups de poing et à coups de crosse et lui déchirer ses vêtements : ils l’ont mis nu comme un ver ; ensuite, ils lui ont passé une chaine de fer aux mains. » Les otages sont emmenés à 1 km du village. Minette est séparé du groupe, on le fait mettre à genoux et il est tué de deux coups de fusil. Autant qu’ont pu le comprendre ses compagnons, les Allemands auraient trouvé chez lui un vieux révolver hors d’usage. Après la mort de Minette, les autres otages furent libérés.

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Rue principale après les combats.

 

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Entrée du souterrain. Le fauteuil photographié aurait été pris dans l’église.

Le terrier du Kronprinz

A l’extrémité du village opposée à l’église, dans un champ à gauche, se trouve l’abri souterrain connu dans le village sous le nom de Terrier du Kronprinz. Cet abri fut creusé pendant l’occupation allemande. Les fauteuils de l’église y furent transportés pour en rendre le séjour plus agréable. D’après les témoignages locaux, le Kronprinz serait resté quelques temps à Villers et le souterrain aurait été établi à son usage.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Villers-aux-Vents est redevenu un village paisible, perdu dans la campagne, à l’écart des grands axes routiers. Lors de notre dernière visite, nous n’avons pas réussi à retrouver trace de ce souterrain. Un historien local nous a par ailleurs précisé qu’il avait été comblé peu de temps après la guerre.

Ce souterrain ne serait qu’un abri de modestes dimensions, selon les témoignages de l’époque : profonde de 2 mètres, longue de 5 mètres, large de 3 mètres.

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C’est de l’ouverture de ce terrier que le Kronprinz contempla un soir l’incendie de Villers-aux-Vents, nous dit la légende de cette carte postale Au dos de la carte, une simple note : "visité le 31/12 1914"

 

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Chambre souterraine creusée à l’arrière des tranchées de combat, destinée à mettre à l’abri des obus les jours du Kronprinz, ironise la légende.

  • Messages publiés : 1 (triés par date)
  •   1 -

    12 avril 2007 22:47, par E Gaffard

    Bonjour,

    En faisant une recherche ’Kronprinz’ sur le site d’enchères Delcampe, on trouve au moins trois autres abris dont 2 à Verdun : un tunnel à Mort-Homme, qui a aussi fait l’objet d’un article dans l’Illustration du 1er Sept 1917, et un blockhaus à Montfaucon ; ainsi qu’à Etain, un hôtel fortifié de façon radicale.

    A Mort-Homme, qui semble avoir été un ouvrage important, des prisonniers ont été faits, dont "le comte Bernstorff, neveu de l’ambassadeur allemand aux Etats-Unis". La légende de la CP laisse presque penser, si on la lit trop vite, que c’était lui le Kronprinz.

    Bonnes recherches !