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Drame dans les caves de Cormicy

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mardi 3 juillet 2012, par JFW

Dans le besoin de se protéger des feux de l’artillerie ennemie, les combattants des deux camps, outre les abris caverne, les cagnas, tunnels et carrières... ont eu également recours aux caves des fermes ou des villages. Souvent grandes, profondes et même reliées entre elles dans certains cas, elles ont aidé utilement les soldats.


Pour les rendre plus efficaces, le Génie, aidé d’auxiliaires d’infanterie, a procédé à de nombreux aménagements : renforcement (grâce à du béton ou madriers), agrandissements, approfondissements, jonction de plusieurs caves.


Malheureusement, surtout au début du conflit, tout restait encore à faire et de nombreux accidents allant du fait divers au drame, ont eu lieu. Celui qui nous intéresse aujourd’hui, a eu lieu dans les caves de la mairie de Cormicy (Marne), en 1915.


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Cormicy au début du XXe siècle


Rapport du sous lieutenant Dantart, ss d’adjudant de garnison, sur l’accident survenu dans les caves de la mairie, par suite de l’éclatement d’un obus allemand.


Le 27 août 1915 à 9h45, me trouvant au poste de police situé sur la place de la mairie, passant mon inspection quotidienne de visite des postes, un fort bombardement ennemi commença avec des obus de gros calibre, du 210 très probablement.


Les deux premiers obus tombèrent dans la rue Saint Etienne, ne causant que des dégâts matériels. Immédiatement, je sortis pour m’assurer qu’aucun homme ne circulait dans la rue, et je vis qu’un certain nombre se réfugiaient dans la cave de la mairie. A ce moment, le sifflement d’un nouvel obus, très rapproché, m’obligea à me garantir moi même dans le couloir du poste, et l’éclatement survint presque aussitôt.


L’obus venait de tomber très précisément sur le coin de la mairie où se trouvait l’entrée de la cave, produisant l’effondrement de l’édifice sur celle-ci.


Immédiatement, j’ordonnai au sergent de garde de prévenir la cie de piquet et le poste de secours du 1er RI et je fis également prévenir par le gendarme Douce, la cie 1/4 du Génie, pour procéder aux travaux de sauvetage.


Ceux-ci commencèrent dès l’arrivée de quelques hommes de la cie de piquet qui, malgré le bombardement, procédèrent à l’agrandissement d’un soupirail correspondant à la cave et par où on entendait des demandes de secours, l’entrée de la cave étant complètement obstruée.


A l’arrivée de la cie du Génie, on commença les travaux de déblaiement de l’accès de la cave.


Par l’ouverture du soupirail agrandi pénétrèrent plusieurs officiers et hommes de troupe attachés avec des cordes, afin de retirer les victimes qui étaient atteintes d’asphyxie.


Au fur et à mesure de leur extraction, elles était réanimées par les soins de M le médecin chef du 1er RI et conduites au poste de secours.


Sous les décombres de l’escalier, on découvrit un grand nombre d’hommes décédés.


Les travaux d’extraction des victimes et de déblaiement se sont terminés vers 18h30 et la cave ayant été reconnue vide, il résulte que le nombre total de victimes a été de vingt deux, appartenant aux Corps suivants :


1er RI : sergent Decobert, de planton en ville et un soldat, 45e RI : 1 caporal et 8 hommes (venus en corvée) 84e RI : 1 soldat 284e RI : 2 soldats 412e RI : 5 soldats 3e Génie : 1 soldat 2e art coloniale : 2 canonniers


Et parmi les blessés atteints d’asphyxie, il y a plusieurs des sauveteurs, leur nombre est de douze. Soit M le sous lieutenant de la 5e cie du 1er, sauveteur Saumail adjudant du 1er, sauveteur Vasseur, caporal du 1er, sauveteur 1er RI : 1 soldat 45e RI : 4 soldats 84e RI : 2 soldats 412e RI : 1 soldats 3e Génie : 1 sapeur, ces derniers se trouvaient dans la cave.


Ont également contribué au sauvetage : M le Commandant Frère du 1er d’Infanterie Les caporaux Moulard et Delcour et soldats Deblanc et Mathieu, de la cie 1/1 du 3e Génie M le Médecin aide major Leblanc, le sergent Tisan, Caporal Maton, soldats Appourchaux et Baucotie du 1er d’Infanterie et MM les Docteurs Dauthuile du 1er d’infanterie et Fichaux du 84e.


Est aussi à signaler le zèle et l’activité avec laquelle les gendarmes Douce et Aussagnes ont prêté leur concours dès le premier moment de la catastrophe.


Le s/Lieutenant adjudant de garnison



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Plan des caves libres à Cormicy



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Aménagement des caves de Cormicy pour un groupe de brancardiers divisionnaires



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exemple d’aménagement des caves de Cormicy (1917)



La mairie en ruine a été reconstruite après la guerre. La nouvelle architecture rappelle quelque peu celle d’avant le conflit, sans pour autant être identique. Plus rien ne rappelle ce drame, qui a causé la mort de 22 personnes et blessé 12 autres.


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la mairie de Cormicy, dans l’immédiat après guerre



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mairie de Cormicy, état actuel