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Les tunnels n°1, 2 et 2bis de Beauséjour (Champagne)

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jeudi 11 avril 2013, par JFW

La Champagne a connu pendant le conflit de nombreux travaux souterrains. Abris bien entendu, mais également des galeries de mine, contre-mine et plusieurs tunnels. Le plus tristement connu est le tunnel allemand du mont Cornillet qui a déjà été évoqué sur ce site. Si ces derniers sont de grand amateurs de galeries subterranées, les Français ne sont pas en reste dans ce secteur. Nous allons nous intéresser à la partie orientale de la Champagne dans cette étude (si l’on considère que le secteur occidental se situe vers Reims et le secteur central est formé par la région d’Aubérive. Nous placerons l’Argonne comme une région à part entière)

Deux grands tunnels ont été forés par les Français aux alentours du fortin de Beauséjour (actuellement dans le camp de Suippes), entre la fameuses Butte du Mesnil et la non moins fameuse Main de Massiges.

Dans cette même zone, on sait que deux tunnels allemands existaient également : le Debus tunnel et le Ditfurth tunnel.

Les travaux de construction des deux premiers tunnels français, baptisés n°1 et n°2, noms fort peu imaginatifs, ont commencé en mai 1916. La décision de creusement ne semble pas très claire. Elle intervient de plus pendant une période calme, longtemps après la dernière offensive de Champagne de septembre 1915.

Il ne faut pas confondre ces tunnels avec les mines toutes proches, dans le secteur du "Bout du Filet". Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls systèmes de mines dans le secteur, puisqu’on peut également trouver les mines de la cote 196, à proximité, ainsi que des systèmes peu actifs et par là même peu connus : saillant Régnault (à ne pas confondre avec Fort Régnault ou Tranchées Régnault dans les Vosges où a sévi également une guerre de mines), Bois K2...

Ce creusement démarre sur une note sybilline :

"29 mai 1916 ouvrage de la Butte : commencé une entrée en galerie partant de la tranchée nord de l’ouvrage de la Butte à 25 mètres à gauche du boyau du Filet"

"30 mai commencement d’une galerie au nord du boyau des Lance Bombes "

Nous savons tout de même que pour ces deux tunnels, l’un -le n°1- a un objectif offensif, tandis que le deuxième -le n°2- a un objectif défensif.

Le creusement continue jusqu’en septembre 1916. A cette période, l’avancement du tunnel n°1 s’arrête brutalement. Plusieurs possibilités peuvent expliquer ce phénomène :

  • changement de l’état major,
  • changement de priorité pour les troupes du génie,
  • ennemi entendu proche, entravant ce projet de grande envergure,
  • problème géologique,
  • percement d’une nappe aquifère,

...

Les plus vraisemblables sont les deux dernières hypothèses : un problème géologique ou le percement d’une nappe aquifère. Ce qui semble corroboré par l’exécution d’un sondage fin 1916. Les résultats de ce sondage ne vont peut-être pas déclencher l’arrêt définitif du creusement du souterrain n°1, mais tout au moins en faire changer sa destination. Après moult tergiversations, en effet, il deviendra abri pour des troupes et du matériel.

Plus étrange encore que cet arrêt brusque, le tunnel n°1 a été relié à une mine ou une contre-mine, la mine "Giraud", du système du "Bout du Filet", sans que la raison n’apparaisse clairement. Cette mine Giraud aurait servi à "protéger le souterrain n°1 contre les attaques ennemies", mais ce dernier, déjà souterrain offensif, aurait dû se suffire à lui-même par définition !

Intéressons nous maintenant au deuxième tunnel, dit souterrain n°2. Comme déjà précisé ci-dessus, ce tunnel est dit "défensif", non pas au sens contre-mine du terme, mais plutôt souterrain de communication. Il doit servir aux troupes de passer en toute sécurité de la vallée du Marson à la vallée du Fer de Lance en évitant la crête très battue qui sépare ces deux vallées. Son développement total doit avoir environ 800 mètres.

Son creusement pose bien moins de problème que le souterrain n°1, et il arrive à son terme courant décembre 1916, bien qu’après il subisse plusieurs transformations : issues de secours, etc, etc..

Ces deux souterrains vont servir jusqu’en septembre 1918, où une attaque française (après l’allemande de juillet) va repousser les lignes vers le nord.

Deux autres tunnels ont été forés vers la Main de Massiges, mais ils sortent du cadre de cette synthèse. Nous en reparlerons dans un article séparé, ainsi que d’un troisième baptisé souterrain n°2bis

Il en est de même pour les systèmes de mines principaux du secteur : cote 196 et Bout du Filet, qui seront développés à part.

Que dire pour conclure ? Certaines recherches menées au S.H.D. viennent d’être couronnées de succès. D’ici quelques mois, un article beaucoup plus complet devrait voir le jour, répondant certainement à de nombreuses questions.