SOUTERRAINS & VESTIGES


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A la recherche des souterrains d’Albert - partie I la genèse

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mardi 3 décembre 2013, par JFW

Dans le JMO d’une compagnie du génie, se trouvent quelques phrases sibyllines promptes à déclencher de fous espoirs dans nos coeurs de chercheurs de vestiges patrimoniaux subterranés :

"26 octobre 1914 Le lieutenant Gailet, avec 2 escouades, part à sept heures pour Albert. Il y effectue, jusqu’à deux heures (le 27) des recherches en vue de découvrir un ancien souterrain qui relierait Albert au Bois Lecomte (aujourd’hui disparu) situé près de la Boisselle [...]

27 octobre 1914 La première section (se relevant par demi-section) continue ses recherches à Albert depuis le 27 (à dix-neuf heures) jusqu’au 28 (à dix-neuf heures). Elle explore et découvre des portions d’anciens souterrains sans issues vers le bois Lecomte. [...]"

Fichtre ! mais pourquoi donc les militaires français effectuent-ils de telles recherches ? Et pourquoi spécifiquement sur Albert ?

Armand Viré serait-il derrière ces recherches ? (voir l’article sur ses recherches plus au nord, "Souterrains reconnus pendant notre séjour au front d’Artois (1915).")

En fait, non ! la raison est bien plus pragmatique et les recherches vont durer bien plus longtemps que ces deux jours mentionnés par le JMO. Elles vont s’achever en juillet 1915, soit huit mois après leurs début.

Ces recherches ont, en fait, été menées en deux périodes. La première, fin octobre 1914, va donner lieu à quelques découvertes décrites dans trois compte rendus d’explorations. La seconde, de février à juillet 1915, reprend les recherches de 1914, va les continuer et les approfondir. A noter que le JMO comprend une petite erreur, car ce n’est pas"vers le Bois Lecomte" que sont découverts ces galeries mais bien dans la ville d’Albert.

La raison de la première campagne de recherches n’est pas connue, mais il est possible que ce soit pour vérifier que les allemands ne pourraient pas les utiliser contre les Français et surtout vice versa : la troupe française ne pourrait-elle pas l’utiliser pour se faufiler au milieu de l’ennemi et ainsi le surprendre. Ce genre de recherches a déjà été entrepris (voir le livre "Les souterrains de la première guerre mondiale, du creusement au témoignage, tome I", chapitre : du creusement au témoignage)

La raison de la seconde campagne de recherches, elle, est connue et clairement consignée dans les rapports : des bruits suspects sont signalés en février 1915 dans une tranchée de deuxième ligne. On avait pensé que l’ennemi avait pu retrouver ce souterrain et procédait au déblaiement des parties éboulées. Il était dès lors de la plus haute importance de retrouver le souterrain. Les recherches ont eu lieu, d’une part dans la tranchée où les bruits avaient été signalés, d’autre part dans la ville d’Albert où le souterrain en question devait prendre son origine. Dans la tranchée, on a procédé au fonçage de deux puits d’une douzaine de mètres de profondeur avec galeries partant du fond du puits, et on a établi des postes d’écoutes. Les résultats ont été négatifs, De l’avis d’un officier : "pour ma part je n’ai jamais entendu d’autres bruits que ceux provenant de la marche des hommes dans nos boyaux."

Les recherches ont donc pour but de découvrir un souterrain dont l’existence est signalée dans les ouvrages traitant de l’histoire d’Albert et dont les habitants de la région parlent, mais d’une manière assez vague. Ce souterrain partirait d’Albert et déboucherait au lieu-dit "Bois le Comte", qui est en 1915 un champ entre la Boisselle et Bécourt.

Dans Albert, les recherches ont été faites en se basant sur toutes les indications qui ont pu être recueillies, tant par les habitants interviewés, que par la lecture de livres historiques sur Albert

En résumé, ont été retrouvées un ensemble de galeries, avec chambres, qui devaient constituer un des étages des souterrains d’Albert. La branche qu’il était importante de suivre, celle se dirigeant vers la route de Bapaume est obstruée par des remblais. Il faut donc le dégager, ce qui n’est pas une mince affaire et pour un résultat hasardeux, mais il paraissait utile de tirer la chose au clair.

Les ouvrages consultés par le génie et faisant mention des souterrains sont les suivants :

  • H. Daussy, Histoire d’Albert (1895),
  • Yves Ste Marie, Notre Dame de Brebières (1908),
  • F Lemaire Albert jadis et aujourd’hui (1913),

Les militaires possédaient également une copie d’un plan des souterrains d’Albert, datant de 1793. L’original avait été fourni par une habitante de cette ville ; l’armée en a fait une copie avant de rendre l’antique document.

Nous allons nous arrêter ici pour cette première partie. la deuxième sera consacrée aux recherches d’octobre 1914, qui, si elles ont été courtes, n’en ont pas moins été fructueuses.