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Quelques éléments sur la grotte et le tunnel des Saxons & le tunnel de Weimar

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mardi 2 juin 2015, par JFW

Nous sommes le 13 octobre 1917.

L’existence de nombreuses grottes ou creutes et tunnels dont les entrées sont situées sur le rebord nord du plateau des Dames et qui servent au logement des réserves du secteur n’a pas permis aux troupes françaises d’emporter l’ensemble du plateau. Les creutes sont souvent prolongées par des galeries qui viennent déboucher par plusieurs issues dans les tranchées du Chemin des Dames.

Ces ouvrages chtoniens permettent aux Allemands de garnir leurs tranchées aussitôt l’allongement du tir de l’artillerie françaises, soit par des mitrailleuses intactes, soit par des troupes ayant peu souffert de du tir de préparation et par conséquent susceptibles d’une résistance sérieuse aux attaques.

En outre, l’installation dans ces creutes et tunnels de dépôts de vivres importants leur permet de supporter pendant quelques jours le manque de ravitaillement rendu impossible par les tirs de barrage. Il peut conserver ainsi plus longtemps un moral intact et rester un adversaire résolu à la lutte.

Au cours des offensives tentées dans ce secteur les 16 avril et 5 mai, ces abris ont joué un rôle considérable, sauf dans le cas où les ouvrages sont connus, en particulier les entrées. Par exemple, les réserves abritées dans le tunnel est de Cerny dont l’artillerie a pu battre l’entrée et que, par suite, l’infanterie française a pu occuper rapidement, ont été dans l’impossibilité de se défendre et ont dû se rendre. Par contre, les autres ont opposé et opposent encore une vigoureuse résistance.

Exemple de tunnel au chemin des dames.

La connaissance à peu près exacte de ces abris et de leurs entrées est donc nécessaire pour permettre toute action offensive, aussi bien que pour s’opposer à toute tentative allemande ; ces abris constituent des points importants et des centres de commandement.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la découverte, l’exploration et l’étude d’un tunnel de 200 mètres, baptisé par les Français : tunnel de Weimar. La découverte est importante, car il se situe dans la zone de la grotte des Saxons (Sachsenhöhle) et du tunnel des Saxons (appelé également tunnel n°6).

A cette époque, voici les informations connues des Français concernant ces ouvrages souterrains :

Grotte des saxons (Sachsenhöhle)

D’après les documents allemands et des renseignements de prisonniers, la capacité de la grotte est de 3 compagnies. Il existe 3 entrées au nord. Il existe en outre une sortie sud, plus près du plateau. Cette sortie conduit dans la partie actuellement allemande du boyau de la chouette.

Voici également une description faite côté allemand, datée du 19 avril 1917, et publiée dans l’historique du 2e régiment de la garde à pied (2. Garde-Regiment Zu Fuss). Il a été traduit par M. Yves FOHLEN et la traduction a paru dans « la lettre du chemin des dames automne-hiver 2009 » (1)

« Notre Grotte des Saxons avait un plafond de 15 à 20 mètres en grès. Il y avait de la place pour les réserves de tout le bataillon y compris l’état-major. Un moteur à injection de benzène assurait la lumière électrique dans les couloirs de la caverne et dans les espaces de cantonnement. A l’entrée, tout de suite à droite, il y avait un grand espace pour le commandement du bataillon, à gauche un poste de secours médical tout aussi grand et très bien équipé. Plus loin vers l’arrière étaient situés les espaces de séjour des compagnies, le dépôt de munitions, l’espace pour le moteur, les latrines etc. La caverne avait quatre sorties A, B, C et D. Tout au fond de la caverne se trouvait un long tunnel étroit qui avait traversé jadis toute la crête ; maintenant la section de sortie était aux mains des Français et ces derniers l’avaient bien sûr fait exploser. La gaine d’aération qui s’y trouvait devait se situer aux environs de la deuxième ligne française actuelle. On s’y déplaçait donc en dessous des Français. »

Cette description semble un peu fantaisiste : son ciel serait « en grès » et sa hauteur serait de « 15 à 20 mètres ». Enorme pour une carrière du chemin des dames et ne correspondant pas avec la creute des Saxons qui avait environ 5m de ciel. Par contre, les 4 entrées correspondent aux connaissances françaises de l’époque.

Tunnel des Saxons ou tunnel n°6

Le tunnel, désigné par les Allemands sous le n°6, qui relie la grotte à la tranchée de Weimar, est obstrué ; la communication n’existe donc pas entre les lignes françaises et les lignes allemandes.

Du côté français, on avait pensé que le tunnel débouchait dans une galerie de 200m environ de longueur qui existe sous la tranchée de Weimar. Des recherches ont été faites. On a trouvé dans cette galerie une descente longue d’une dizaine de mètres et ayant à très peu près la direction du tunnel. On est ainsi amené à conclure, ou bien que le tunnel a été obstrué par l’ennemi à cet endroit au moment de la progression française, ou bien qu’il n’était pas encore terminé, mais simplement commencé par les deux extrémités. Certains renseignements font supposer que le tunnel n°6 déboucherait un Trou d’Enfer (à vérifier). Une cheminée d’aération se trouve entre la tranchée Véron et la tranchée allemande de Francfort ; elle est plus rapprochée de la seconde que de la première.

Croquis de tranchées montrant les tranchées de Weimar et Véron, ainsi que le boyau du Hibou. SHD. DR Service historique de la défense

Le 8 ou le 9 juillet, il a été signalé que, à peu près sur l’axe du tunnel, un Allemand armé d’un fusil ou d’un fusil mitrailleur émergeait par moments de l’orifice d’un puits situé à une dizaine de mètres de la première ligne française. Cet Allemand disparaît lorsqu’on tire sur lui.

Tunnel de Weimar

Intéressons-nous maintenant au tunnel de Weimar. Il a été exploré le 13 octobre 1917 par le sous-lieutenant Baleyrat, le sergent Melera et le soldat Ulliac.

Voici leur récit : « L’entrée de cette galerie se trouve un peu en avant de la route de Craonnelle à environ 150 mètres du P.C. Xavier ; à quelques mètres à gauche de l’entrée se trouve la borne renversée du chemin de G.C. n°19 ; cette galerie de 0,90 de largeur et de 1m65 de hauteur parait suivre une courbe sensiblement parallèle à celle de la courbe 180. L’entrée semble être dans la tranchée du saillant 181.

On arrive à cette galerie, longue d’environ 200 mètres, par un escalier de 120 marches pouvant descendre à environ 40 mètres. Cette galerie suit, à part quelques légères descentes et quelques seuils un plan sensiblement horizontal. Tous les 40 mètres environ, des antennes sont poussées dans la direction générale sud sur des longueurs d’environ 10 mètres. Les travaux sont coffrés et en excellent état, le sol sableux.

Vers la fin du premier tiers de la galerie, un puits d’une hauteur de 10 mètres et d’un rayon de 1m50, fait communiquer le sous-sol à un premier étage par une échelle en fer en bon état.

En haut, une galerie de 1m50 taillée également dans la pierre débouche dans une petite chambre de 2m/5m. De cette chambre part un escalier obstrué après une montée d’environ 30m (puits 10m, escalier 30m, la descente ayant 40m environ, la sortie doit être très proche).

Les deux chambres et les escaliers sont boisés et en assez bon état. Aucun papier n’y a été trouvé. Il ne s’y trouve qu’un cadavre d’Allemand, un ventilateur, tuyaux de conduites, tables, couchettes, quelques grenades, etc.

Dans les galeries du bas, il y a quantité de gros câbles téléphoniques en rouleaux et en bon état. Les conduites qui devaient servir à faire fonctionner les perceuses, dont on voit les traces, ont été coupées. Il en est de même pour ceux qui fournissent l’éclairage.

D’après les inscriptions crayonnées sur les châssis coffrant, les travaux auraient été commencés fin août 1916 et poussés jusqu’au 20 février 1917. Quelques inscriptions se rapportent à la 5e division de réserve, au 2e génie, au 10e d’infanterie de réserve. Les travaux du puits, à la fin de la galerie datent du 1e octobre 1916 au 20 février 1917. A part cela, quelques noms, marques de contrôle et de tâches.

La sortie marquée en C. parait être celle de l’escalier correspondant, débouchant du 1e étage. Une niche à périscope installée en D près d’une sortie semble avoir un certain rapport avec le travail. »

Plan du tunnel de Weimar.

Le tunnel de Weimar n’a pas été retrouvé.

(1) http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/Lettre%20CDD%2017%20web.pdf