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Souterrains reconnus pendant notre séjour au "front d’Artois" (1915).

Armand Viré

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mercredi 4 avril 2007, par JFW

Nous vous présentons un texte d’Armand Viré datant de 1915. Il y explique ses différentes missions pour l’Armée pendant la première guerre mondiale et ses recherches de souterrains pouvant servir de refuge pour les troupes.

Mais auparavant revenons sur Armand Viré (source wikipedia.fr : http://fr.wikipedia.org/wiki/Armand_Viré)

Armand Viré est né le 28 janvier 1869 à Lorrez-le-Bocage-Préaux en Seine-et-Marne et mort le 15 juillet 1951 à Moissac. Précurseur de la spéléologie lotoise, hydrogéologue, préhistorien, archéologue, radiésthésiste et fondateur de la biospéléologie ou biospéologie. Il rencontra Édouard-Alfred Martel en 1895 et ce fut le début d’une étroite collaboration entre Armand Viré et le maître incontesté de la spéléologie, avec des équipiers lotois tels que Pezet, Ernest Rupin, Edmond Albe, etc. Ils explorèrent de nombreuses igues sur les causses du Quercy. Il dirigea la société du Gouffre de Padirac en 1898 et, le premier avec l’abbé Edmond Albe, il franchit la grande Barrière, le 14 avril 1899. Il découvrit aussi un affluent qui porte son nom.

Le 9 avril 1902, Armand Viré fit la première descente à l’igue de Saint Sol de Lacave sur la bordure du Causse de Gramat. Il fut ébloui par la beauté des concrétions et imagina alors de faire visiter cette cavité. Après avoir réalisé des relevés topographiques, il entreprit, dès le 12 avril 1904, de faire creuser un tunnel depuis la grotte Jouclas située sur la place de Lacave. Les travaux de terrassement qui durèrent deux mois dans le porche d’entrée lui firent découvrir de nombreux vestiges archéologiques. Sous la direction d’Edouard Brunet, les ouvriers forèrent un long et coûteux tunnel en pleine roche, ils n’atteignirent pas les magnifiques salles de l’igue de Saint-Sol, mais heureusement débouchèrent le 27 mai 1905 dans de belles galeries bien concrétionnées. Les Grottes de Lacave étaient découvertes. Armand Viré fit commencer les aménagements le surlendemain. Le 7 septembre 1905 à 8 heures du matin, les deux premiers touristes faisaient leur entrée solennelle dans la grotte brillamment éclairée et en ressortaient éblouis... Il resta le propriétaire des grottes jusqu’en 1947.

Mais son champ d’explorations spéléologiques ne se limita pas aux seules cavités du Lot. Il prospecta toutes les régions karstiques françaises. Le ministère de l’instruction publique l’envoya en mission à l’étranger : Autriche, Italie, Allemagne, Algérie, à Nébilla au Maroc espagnol. En 1914, il fut chargé d’une mission très particulière par l’armée française : il s’agissait de rechercher des souterrains. Ses dons naturels de radiesthésiste lui permirent de mener à bien cette tâche difficile. En 1938, il part pour Haïti étudier la préhistoire locale...

Il fut le second à descendre dans l’Aven Armand. Une plaque de marbre scellée à l’ouverture naturelle de la merveille du Méjean rappelle aux visiteurs le mérite des spéléologues par cette inscription : « Martel, Armand et Viré bienfaiteurs des Causses. Inventeurs du plus bel aven du monde ».

Dans les Pyrénées, il explora de nombreuses cavités, en particulier les Grottes de Bétharram. En 1898, il publia « les Pyrénées souterraines » dans les mémoires de la Société de Spéléologie.

Souterrains reconnus pendant notre séjour au « front d’Artois » (1915).

Basseux. - L’Etat-major de la 175e brigade territoriale s’étant installé en octobre 1915 au château de Basseux, nous constatâmes que les zouaves qui nous y avaient précédés, après avoir installé un abri recouvert de demi-cylindres en fer, avaient mis à jour, sous les pelouses du, parc, une cavité souterraine ancienne, complètement ignorée des habitants. Avant de l’examiner, nous fîmes tout d’abord une prospection radio-tellurique, par le procédé des sourciers, auquel nous venions d’être initié tout spécialement, par Louis Probst et pour l’application duquel nous avions été mandé au front. Nous trouvâmes ainsi tout un réseau de cavités supposées (Fig. 2).

Fig 2. : Plan des Souterrains de Basseux.

La cave en question était située au voisinage de l’angle Nord du réseau. Cet angle Nord paraissait correspondre à une vaste cavité arrondie, d’environ 15 mètres de diamètre, communiquant avec des couloirs et des chambres irrégulières - A peu près à la hauteur de la cave, se détachait à l’Est, une galerie qui nous conduisit juste à l’angle Nord de la façade Ouest de l’Eglise. Ayant pénétré dans ce monument, nous aperçûmes justement dans le prolongement de notre souterrain une trappe que nous levâmes et qui nous laissa voir l’extrémité d’un souterrain remblayé. Au sud de la cave, un certain nombre de ramifications nous conduisirent, toujours par la sensation à la surface du sol - jusque vers la route de Monchiet, sous laquelle nous sentîmes toute une série de cavités à peu près rectangulaires, bordant un couloir central, et dont la disposition rappelle à s’y méprendre, celle de certains autres souterrains-refuges du Pas-de-Calais ou de la Somme, notamment de ceux de Naours (Somme).

M. le colonel Vallantin et le sergent Aussaresses ayant également prospecté par les mêmes procédés, furent d’avis comme nous, qu’il devait y avoir là des cavités intéressantes comme abris de bombardement et qu’il y avait lieu de tenter de les reconnaître.

La cave présentait précisément à une de ses extrémités (Fig. 1), une porte donnant accès à un escalier de descente, remblayé jusqu’aux premières marches. Nous le fîmes déblayer. Nous trouvâmes au bas de l’escalier l’amorce des cinq galeries reconnues de la surface du sol. La galerie Est se terminait en cul-de-sac, presque aussitôt. Les galeries Ouest furent déblayées sur quelques mètres seulement : les galeries Sud, après 20 mètres environ nous conduisit à un puits de descente dont nous entreprîmes le déblaiement.

Fig 1. Souterrain du XIIe siècle sous le pare du chateau de Basseux. Dessin d’après nature par M. le colonel Vallantin.

Mais à ce moment se produisit l’attaque de Champagne, bientôt suivie de notre retour à l’arrière, du départ de la brigade pour un autre secteur, puis de l’occupation de la région par l’armée Anglaise. Nous ne pensons pas que les travaux aient été poursuivis. Ce serait un travail intéressant à reprendre ultérieurement par une Société archéologique.

Entre temps nous avions commencé le déblaiement de la galerie qui part de l’église, que nous trouvâmes coudée et bifurquée.

Mais comme elle passait sous la principale rue du village à une très faible profondeur, nous n’osâmes pas la déblayer sous cette rue, où elle aurait pu causer des éboulements préjudiciables au ravitaillement général de cette partie du front.

Des travaux ultérieurs donneraient certainement toutes les autres galeries souterraines indiquées sur notre plan. En effet l’existence de la galerie de l’église est certaine puisque nous en avons vu les deux extrémités et que le plan des galeries déblayées au Sud concorde rigoureusement avec celui que nous en avons fait de l’extérieur.

Description des cavités déblayées

10 La galerie de l’église. C’est un boyau de moins d’un mètre de large, voûté en berceau. Nous lui donnerions le XIIe siècle comme origine.

20 La cave. La cave, complètement séparée des bâtiments actuels, correspond sans doute à l’emplacement de bâtiments plus anciens aujourd’hui détruits. Elle est située sous une pelouse, à 70 mètres au Sud du château, et à environ 40 mètres Sud-ouest d’une petite grange. C’est un vaisseau roman, voûté en berceau, construit en pierres de taille de craie et d’une très belle conservation. Elle a 6m25 de long, 3m30 de large et 2m80 de hauteur dans l’axe de la voûte (Fig. 4).

Un escalier très raide, s’ouvrant dans l’angle Est, la faisait communiquer avec le dehors. Au bas de cet escalier, un petit placard, construit dans la paroi permettait de déposer divers objets et sans doute les provisions de luminaire. La paroi Est est percée d’un soupirail (Fig. 3).

Fig. 3. - Coupe d’une partie des Souterrains de Basseux. A, Entrée et escalier.

Dans l’angle Ouest de la paroi Sud est une ouverture romane donnant accès à un escalier. La voûte de cet escalier est composée d’arceaux accolés, de la largeur de la marche, et chacun d’eux descend de la hauteur de cette marche (Fig. 1 et 3). L’effet en est gracieux et imposant.

Dans cette première salle, qui n’était pas remblayée, nous n’avons récolté aucun objet archéologique. Mais sur la paroi Ouest était un curieux graffito, assez grossier, gravé à la pointe dans la pierre et dont nous donnons une reproduction (Fig. 4). Il représente un chevalier, coiffé d’un casque à plumet. Les yeux seuls sont figurés. Le col est emprisonné d’un gorgerin très raide. Un baudrier très large et une ceinture étroite complétait le tout. Les bras sont grossièrement tracés. L’un d’eux paraÎt tenir une lance. Tel est ce très curieux graffito qui rappelle très bien la silhouette des chevaliers de la fin du XVe siècle ou du tout commencement du XVIe siècle.

Fig. 4. - Graffitto du Souterrain de Basseux, représentant un chevalier du XVe ou du XVIe siècle.

Les souterrains qui font suite à cette cave ne sont pas bâtis, mais creusés à même la craie. Le plafond, au pied de l’escalier, est en très mauvais état ; nous fûmes obligé de l’étayer ; mais il devient plus solide un peu plus loin.

A droite et à gauche du bas de l’escalier s’étend une galerie de 2 à 3 mètres de large et 3 mètres de haut, qui, à l’Est se termine en cul-de-sac.

A l’Ouest au contraire, elle se bifurque deux fois. Nous n’avons pas pu pousser le déblaiement à plus d’une huitaine de mètres de l’entrée

Juste en face de la descente, la galerie continue droit au Sud pendant 10 mètres environ et arrive à un puits maçonné à pierre de taille de craie jusqu’au sol superficiel, et sans doute en profondeur jusqu’aux galeries que nous avons senties mais que nous ne pûmes déblayer faute de temps.

Enfin l’escalier de l’église conduit aussi, dans un autre groupe de cavités s’étendant sous la ferme contiguë, au Nord, à l’église.

Rivière. - La commune de Rivière, qui est très étendue et comprend plusieurs sections, nous a livré, comme celle de Wailly, un grand nombre de cavités. Comme on le verra plus loin, nous estimons qu’il y en aurait encore d’autres, et des plus intéressantes au point de vue archéologique, à rechercher. C’était d’ailleurs le principal des secteurs que nous avions à prospecter.

Les souterrains de Bellacourt.

Bellacourt est une des sections de la commune de Rivière. Nous y avons trouvé trois souterrains principaux que nous avons pu explorer, et en outre, deux buttes défensives anhistoriques, dont nous avons déjà parlé (B.S.P.F., t. XIV, 1917, p.453, 70e Rapport de la Commission des Enceintes) et qui ne sont peut-être pas sans rapport avec ces souterrains.

1- Souterrain-refuge du Petit château ou château Boutmy. Le château actuel, moderne, paraît construit sur un emplacement un peu différent de celui des constructions primitives. L’ouverture du souterrain en question est béante dans un mur de clôture et le souterrain lui-même s’étend sous un terrain boisé.

Il se compose d’une première galerie en pente, coupée de quelques marches et d’un palier, et qui est orientée du N. au S. Elle a 3m70 de long et 1 mètre de large.

Elle se coude à angle un peu obtus et se continue par une galerie de 9-10 de long, dont la première partie est, sur 6 mètres, occupée par un escalier descendant à environ 45°.

Une troisième galerie y fait suite, qui, au bout de 7-10m est croisée par deux galeries latérales, qui font comme les deux branches d’une croix ; la galerie se continue encore 0m70, et se termine par une muraille maçonnée comme tout le reste des parois. (Fig. 5, 6 et 7).

Fig. 5. - Plan du Souterrain-refuge du château Bouteny et des Souterrains de l’Infirmerie de Bellacourt.

Fig. 6, - Plan et coupe du Souterrain-refuge du chateau Boutmy. E, entrée et escalier ; A, chambre-cachette découverte par le procédé des Sourciers.

Toutes ces galeries sont voûtées en berceau.

Fig. 7. - Souterrain du chateau Boutmy, à Bellacourt. Au fond ouverture ogivale

C’est tout ce que nous vîmes d’abord. Nous nous mîmes alors à prospecter par nos méthodes radio-telluriques et depuis l’entrée jusqu’au fond nous ne trouvâmes rien d’anormal.

Mais à l’extrémité la plus reculée nous sentîmes du vide derrière la paroi, et dans ce vide des traces d’or, beaucoup d’argent, de cuivre et de fer.

Examinant alors très minutieusement la paroi qui était recouverte d’une couche noirâtre de moisissure comme toutes les autres, nous reconnûmes que cette couche était exagérée dans la partieinférieure, qu’elle paraissait comme appliquée au pinceau et présentait une certaine épaisseur.

Nous la fîmes tomber et aperçûmes une petite ouverture voûtée en ogive et soigneusement bouchée. Nous fîmes sauter le bouchon et trouvâmes une galerie qui, au bout de 0m50 se rétrécissait et s’abaissait pour former une chambre rectangulaire de 1m30 de large 2 mètres de long et 1m70 de haut.

Cette chambre était bourrée de caisses contenant des pendules en bronze doré, de l’argenterie, une charrue, une pompe à vins en fer, et divers papiers.

Nous fîmes enlever le tout par le propriétaire, marchand de vins en gros, resté sur place pour alimenter les « poilus », non sans lui avoir signalé, sur un autre point la présence d’une autre cachette contenant de l’or. Il nous déclara alors avoir fait ces cachettes en 1914, lors de l’invasion, et nous dit que sa seconde cachette contenait effectivement 6000 francs en or et 55000 francs en billets de banque. Il se hâta d’ailleurs de déterrer le tout, sur notre observation que ses billets de banque risquaient d’être altérés par l’humidité et son or déterré par quelque sourcier... moins scrupuleux que nous.

Ces souterrains paraissent dater pour la partie principale du XlIe siècle, et pour la cachette à ouverture ogivale du XIIIe ou XIVe siècle.

2- L’Infirmerie. - L’Infirmerie de Bellacourt se composait à notre arrivée, d’une petite maison de paysans, contiguë au château Boutmy ; elle ne présentait aucune solidité et risquait d’être emportée par le premier obus qui fût tombé dessus. Précisément le jour même de notre arrivée, une volée d’obus avait, à 100 mètres de là, défoncé une grange où se reposaient une dizaine de poilus, dont 5 furent tués et 4 blessés.

Préoccupé de cette situation, le médecin chef de cette formation sanitaire nous consulta, et après prospection des lieux, nous lui indiquâmes, en face même de son infirmerie, de l’autre côté de la route, un point où l’existence de souterrains importants nous parut certaine (1).

Un sondage fut fait, et trois jours plus tard, on perçait en effet la voûte de vastes cavités, anciennes carrières souterraines, qui s’étendaient sur une superficie d’environ 5000 mètres carrés. Elles étaient en partie comblées ou encombrées de déblais, et l’on se mit en devoir de les aménager.

On y perça deux issues, dont l’une partait des caves mêmes de la maison, et l’autre du bord de la route, de façon à y créer une aération naturelle et d’en faire une chaude et confortable infirmerie, capable de résister aux gros bombardements d’alors. (Fig. 5 et 8).

Fig. 8. - Coupe du souterrain de l’infirmerie à Bellacourt. V. cavité trouvée à 1a baguette. C et C’, galeries d’accès creusée pendant la guerre. 1, Infirmerie.

Nous quittâmes d’ailleurs le front avant la fin des travaux, puis les Anglais prirent le secteur, et nous ne savons ce qu’il en advint plus tard.

3- Le Grand Château de Bellacourt. - L’Etat-major de la brigade, logeait en septembre 1915 au « Grand Château », beau bâtiment en briques, dont d’ailleurs la toiture, fortement marmitée par les Boches, n’existait plus qu’à l’état de squelette. On rafistola la charpente, et la recouvrit tant bien que mal ; mais à peine ce travail était-il achevé, qu’une nouvelle raffale de projectiles l’enleva de nouveau. Aussi se contenta-t-on de répandre sur le grenier une couche de sable et d’y mettre quelques plaques de carton bitumé pour éviter les trop grosses pluies ; les vitres étaient de papier huilé et les meubles représentés par des tables en planche et des bancs d’une fabrication certes fort élégante, mais n’ayant rien de commun avec l’art munichois ! Quelques lits pourtant avaient survécu au naufrage, et chose inouïe, j’avais une table de toilette à peu près complète et les trois quarts d’une "cuvette"

(1) Pour le plan général des souterrains de Bellacourt, voir B.S.P.F., T. XII, novembre 1917, p. 453, 70* rapport de la commission des Enceintes, reproduit ici fig. 5.)

C’est dans cette confortable demeure que furent réunis une partie des présentes notes et croquis.

Sous le château existent de belles et solides caves voûtées du XVIe ou XVIIe siècle, avec une cheminée monumentale. Là étaient une partie des bureaux de la brigade et le téléphone.

Il semble, à la prospection, y avoir des souterrains assez vastes sous le parc, mais nous ne les trouvâmes pas par les sondages.

A l’extrémité Sud du parc, dans les tranchées qui servirent de première ligne en 1914, un sondage a été fait et nous a conduits à des carrières souterraines.

4- La carrière de Blamont et ses abords. - Au Sud du château de Bretencourt, au hameau de Blamont, existe une carrière très ancienne entaillant profondement le sol. Dans cette carrière habitait une compagnie d’infanterie, logée dans des abris précaires édifiés par les soins du Génie.

Justement alarmé de cette situation, le colonel Vallantin avait déjà fait effectuer quelques recherches et avait mis la main sur une ancienne entrée de souterrain que l’on était occupé à déblayer.

Ayant constaté, par nos procédés de recherches radio-telluriques que cette entrée devait communiquer avec de nombreux souterrains allant d’une part sous le village, d’autre part sous le moulin de Blamont, nous conseillâmes un déblai en grand.

Nous trouvâmes en effet les galeries indiquées sous le village. Mais le petit nombre de travailleurs mis à notre disposition ne nous permit de pousser le déblaiement qu’à une centaine de mètres dans la direction du village et nous ne pûmes rien faire dans celle du moulin.

1 . Ceci toutefois permit de loger normalement une cinquantaine d’hommes sous terre et d’en entasser beaucoup plus les jours d’intense bombardement.

Ce n’était pas sans besoin et ceci nous rappelle un détail curieux de la vie du poilu dans les tranchées.

La roche de craie tendre qui forme le sous-sol du pays se prêtait admirablement à la confection de sculptures, petites ou grandes, et Dieu sait si nos poilus, dans leurs nombreux loisirs se livraient à la fabrication d’objets variés plus ou moins artistiques.

Sur une paroi verticale, près de l’entrée de la carrière, on voyait représenté Guillaume Il enfermé dans une cage grillagée (Fig. 10).

Fig.. 10. - Sculpture dans une paroi de craie exécutée par un "poilu" en 1915, près des souterrains de la carrière de Blamont, et représentant Guillaume Il en cage. (Cliché de Pressac)

Il y avait en outre, dans la carrière, quatre on cinq tombes françaises et deux tombes allemandes. Les tombes françaises reçurent une prodigieuse décoration . de petites croix, petites couronnes, petites statuettes pieuses ; les tombes boches ne furent ornées que d’un amas de serpents et de lézards. Un gros «  marmitage » mit hélas tous ces morts sur le même pied en bouleversant tombes françaises et tombes allemandes jusqu’au fond, éparpillant leurs malheureux débris dans toutes les directions.

Heureusement, grâce à leurs abris enfouis à 8 ou 10 mètres sous terre, nos poilus n’éprouvèrent aucun dommage.

Dans l’angle opposé de la même carrière, nous avions senti des cavités souterraines vers 7 mètres de profondeur. Un sondage nous les donna juste à la profondeur indiquée, mais elles ne furent pas utilisées, le Génie les jugeait trop profondes et trop encombrées de déblais !

5- Le Fermont. - Un ancien garde, nommé Leéreux, nous déclara qu’au Fermont, il existait encore une motte avec des souterrains.

Au même village, il existerait également des cavités ayant servi de cachettes en 1870.

Ce point étant déjà un peu en arrière du front et n’intéressant pas la sécurité des troupes, son exploration ne fut pas entreprise.

Wailly. - La « Grotte du Chemin Creux ». - Quand on va de Wailly à Ficheux, ce dernier village étant alors dans les lignes allemandes, on rencontre, à 400 ou 500 mètres de Wailly, un calvaire.

On tourne à l’Est, dans un chemin creux, alors aménagé en « boyau de soutien ». A 900 mètres environ du calvaire la prospection nous donna la sensation de galeries souterraines., Nous apprîmes alors qu’on avait trouvé effectivement, à quelque distance de là, une vaste cavité que nous pûmes aller voir après avoir rampé quelques centaines de mètres, pour tenter, mais en vain, de nous défiler à la vue des Boches. Une copieuse volée d’obus, envoyée heureusement sans résultat, fut la récompense de notre curiosité. Des boyaux de communication furent aménagés les nuits suivantes et permirent un accès plus sûr.

Cette caverne, ou ancienne carrière souterraine (Fig. 9), creusée dans la craie, ayant été reconnue vaste, sèche et confortable, et les sensations perçues aux alentours nous indiquant qu’elle communiquait avec tout un réseau d’autres cavités à déblayer, une seconde ouverture y fut percée, munie d’une galerie d’accès et elle servit de logement pendant plusieurs mois à une compagnie entière qui y était à l’abri des intempéries et des gros marmitages. Malheureusement cet abri avait le grand tort, aux yeux du Génie, de n’être pas «  réglementaire » et aucune précaution ne fut prise pour en consolider les entrées, qui s’écroulèrent au cours de l’hiver. L’abri fut abandonné.

Fig. 9. - Plan de la grotte artificielle du "chemin creux" à Wailly. Le pointillé indique la grande tranchée de soutien et le boyau de communication avec la grotte. D, cavités reconnues à la baguette et non déblayées. H, entrées pendant la guerre.

2- Carrière de Wailly. La carrière de Wailly servait d’abri sur la ligne même de tir. Elle semble, d’après notre prospection, être le centre d’assez nombreuses galeries souterraines. La chose est vraisemblable, car on trouve une entrée, lorsqu’on fit la tranchée de première ligne a très peu de distance à l’Est de la carrière. Cette entrée fut remblayée sur les ordres du Génie.

Un seul sondage fut entrepris à la carrière de Wailly, mais ne put être poussé à la profondeur voulue.

3- Halte de Wailly. Le long de la voie ferrée, au voisinage de la halte de Wailly, vers le kilomètre 70, et entre ce point et la cote 105, comme aussi entre ce même point et le « Bac du Nord », il semble y avoir un souterrain-refuge des plus importants avec rues et cellules. Aucune recherche par sondage n’y fut entreprise, ce point n’intéressant pas alors les opérations militaires.

Mais nous pensons que des sondages appropriés y feraient découvrir un monument archéologique d’un haut intérêt.

Nombre d’autres cavités ont été senties ; mais comme elles ne paraissent être que d’anciennes carrières souterraines, leur nomenclature n’aurait aucun intérêt ici.

Tel est l’ensemble des recherches faites sur le front, au Sud d’Arras, recherches qui eussent pu produire des résultats plus intéressants à tous points de vue si nous avions pu avoir à notre disposition plus de temps et plus d’hommes.

Tels qu’ils sont, ils furent appréciés avec bienveillance par le haut commandement, et nous demandons la permission de reproduire ici l’appréciation, peut être trop flatteuse, du commandant du XVIle corps, pour montrer que, comme tant d’autres, nous nous sommes efforcé de faire tout notre devoir, dans la modeste sphère où nous fûmes placé, pendant la lutte contre la nouvelle Invasion des Barbares. XVIIe CORPS D’ARMÈE E-TAT-,MAJOR, 1er BUREAU Au P. C., le 5 novembre 1915. N- 4177/e

Le général Dumas, commandant le XVIIe corps d’armée, à M. le général commandant la 17e région.

Vous avez bien voulu, à la suite de ma lettre du 9 août 1915, faire diriger sur le XVIIe corps M. Viré, directeur du laboratoire de Biologie souterraine au Muséum, mobilisé comme G. V. C., à Cahors.

Depuis son arrivée le 19 août, M. Viré a été employé sur le front du XVIIe corps à des prospections ayant pour objet la recherché de carrières anciennes ou de souterrains susceptibles d’être utilisés par la troupe comme abri contre le bombardement ou comme habitations. Dans ces recherches, il a déployé une

compétence et une habileté particulière, jointe à un très grand zèle et à une activité remarquable.

Presque toujours à proximité des premières lignes et sous la menace du feu de l’ennemi, il a fait preuve d’un sang-froid et d’un courage qui ne se sont jamais démentis.

M. Viré a rejoint Cahors à la date du 1er novembre ayant terminé sa mission.

J’ai l’honneur de vous demander de lui faire parvenir une copie de cette lettre, en témoignage de la satisfaction des chefs sous les ordres desquels il a été placé directement et particulièrement du commandant du XVIIe Corps.

Signé : J.-B. DUMAS.

Ajoutons en terminant que c’est à la collaboration affectueuse, de M. le colonel Vallantin et de notre ami le sergent André Aussaresses, et aux bons soins du capitaine de la Mothe et des lieutenants Rouillé et de Pressac, que nous avons pu mener à bien notre tâche.