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Quand le génie français joue aux spéléos

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mardi 23 octobre 2012, par JFW

Nous sommes en 1915, dans la Meuse. Notre zone de prédilection se situe vers Saint Mihiel, précisément au sud du camp de Romains et vers le Bois d’Ailly.

Le 17 mai 1915, le génie doit participer à une attaque avec tout son effectif disponible en le répartissant ainsi :

  • un premier détachement de 16 sapeurs armés de haches ou de cisailles. Ce détachement divisé en 4 groupes de 4 sapeurs doit opérer avec les colonnes d’assaut de gauche,
  • un second détachement comprenant tous les sapeurs disponibles armés d’outils de terrassier ainsi que de tringles de pétards. ces tringles constituent des charges allongées de 3m00 et sont destinées à rompre, le cas échéant, des défenses encore indemnes malgré par le tir de l’artillerie, s’il en reste.

Mais, dans la soirée du 16, au cours d’une reconnaissance du terrain, force est de constater qu’il n’existe aucun réseau de défense accessoires devant les tranchées ennemies. Il est alors convenu que le génie fournirait tout son effectif disponible en un seul détachement de travail, armés de pelles et de pioches.

L’attaque est un succès avec la prise des tranchées des Mélèzes et de la Maison Blanche. Tout le détachement des sapeurs travaille alors à la remise en état du boyau "du 56", dans la partie conquise entre le barrage français et la tranchée des Malèzes, sur 200m environ.

Le travail est très pénible en raison de la démolition du boyau sur de grands espaces, de son amoncellement de chevaux de frises entre les barrages français et allemands, et de la présence, je cite "de vieux cadavres de Français et d’Allemands tués depuis le 5 mai."

Au delà de la tranchée des Mélèzes, les travaux ne peuvent être continués dans la partie du boyau dite "de la Maison Blanche" en raison du tir de l’artillerie allemande qui cause de très grosses pertes aux occupants et aux travailleurs.

Une nouvelle attaque est organisée pour le 20 mai. Le génie doit une fois de plus participer. Elle met à cette occasion à la disposition de l’infanterie un détachement de 66 hommes dont 60 sapeurs. Ce détachement doit rétablir les communications entre les tranchées de départ et les nouvelles positions. Le tracé de cette communication est le boyau sud, boyau "du 56" passant par l’ancien poste 5, la tenaille et tombant sur T1.

Le 19 mai au soir, 3 équipes composées chacune de 3 hommes sont en plus formées (l’effectif est ponctionné sur le détachement) ; leur mission est de s’assurer que les galeries a1, a2 et a3 ne sont pas minées (1).

Le début de ces nouvelles hostilités a lieu le 20 mai à 2h30 du matin et les trois équipes chargées de détruire les mises de feu, partent un premier groupe d’infanterie, tandis que les futurs travailleurs sont massés derrière un autre groupe.

Après l’attaque, 100 mètres de boyau sont refaits au commencement de la matinée en a ; mais les sapeurs sont obligés d’abandonner leur travail à cause du stationnement continu de fantassins dans le boyau et à la suite du bombardement qu’occasionnait le terrassement.

Il est donc décidé de ne continuer les travaux de réfection du boyau que de nuit. Dans la journée, les sapeurs creusent alors dans les tranchées perpendiculaires au boyau du 56e et situées entre le poste 5 (dit poste Pédelmas, villa des vieux Braves) et la tranchée de la sablière, de petits abris sous parapet. Une trentaine de ces abris furent exécutés.

A la nuit tombante les travaux reprennent, et les sapeurs commencent à rétablir le boyau entre l’ancienne tranchée T1 et l’ancien poste 5. En b, 60m de boyaux sont rétablis à une profondeur minima de -5m50. Durant la nuit, de violentes fusillades et le bombardement gênent les travailleurs ; néanmoins, les communications sont rétablies. La partie du boyau comprise entre l’ancien poste 5 et la Maison Blanche est en assez bon état et l’effort des travailleurs s’est porté surtout sur la Tenaille et les anciennes premières lignes françaises où il était complètement détruit.

A la date du 6 juin 1915, la situation est donc encore quelque peu confuse dans ce secteur. Les combats de ces derniers jours ont permis de gagner quelques dizaines de mètres et le terrain est bouleversé. Son organisation continue et, lors de ces travaux, une "cavité" est découverte dans une tranchée de la cote 282.

Cette découverte intéresse le Génie : elle pourrait servir d’abri, voire de cantonnement si elle est suffisamment grande et solide. de plus, elle a peut-être été déjà trouvé par les Allemands et en ce cas, elle pourrait être piégée ou avoir été déjà utilisée. Peut-être aussi les troupes françaises du génie ont-elles trouvés un puits d’aération, soit provenant d’un abri caverne, soit d’un tunnel ou d’un système de mines ?

S’en suit donc une première exploration :

La faille est située dans la nouvelle tranchée en avant de la tranchée des Bouleaux.

"L’orifice de la faille fut agrandie, mais il fut bientôt impossible de continuer le travail car le terrain est particulièrement dur. Un homme se glissa dans l’orifice de cette galerie, et le sondage qui fut exécuté permit de constater que la faille présentait les aspects suivants : d’abord une partie presque droite et d’environ 1,50m jusqu’au bout de laquelle un homme peut se glisser, puis à cet endroit, brusque changement de pente et presque à pic. La petite galerie a encore 6m de long. Il est absolument impossible vu son exiguïté de descendre dedans. Le sondage qui fut exécuté permit de se rendre compte que ce couloir rocheux n’avait aucune issue."

Cette première exploration est donc également la dernière... Zut ! j’avoue avoir été certainement encore plus déçu par la conclusion de cette exploration que le commandement du génie lui-même ! Ainsi finit tristement cette exploration, aussi rapidement qu’elle avait commencée. Les travaux d’organisation continuent alors, comme si rien ne s’était passé. La faille est certainement remblayée.

(1) Aucune information n’a été trouvée quant au rôle de ces galeries a1, a2 et a3, et pourquoi elles auraient été minées. Cela pourrait ressembler à des galeries de mines ou de contre-mines, connues des Français par l’interrogatoire de prisonniers.