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La guerre de mines à la côte 108 (Berry au bac) - Première partie 1914-1915

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mercredi 30 juillet 2008, par JFW

Rares sont les lieux aussi fortement représentés en iconographies (principalement les cartes postales) et aussi peu représentés sous forme d’articles, livres ou compte rendus. Telle est la cote 108. En effet, à notre connaissance, un seul article a été écrit après le conflit, qui une synthèse sur le sujet et permet une bonne entrée en matière.

Nous allons essayer de réparer cette lacune en présentant les événements, (bien entendu souterrains !) survenus sous cette butte, en nous appuyant principalement sur les archives du Service Historique de la Défense. Cette étude est divisée en trois parties :

  • de 1914 a 1915,
  • de 1916 a 1918,
  • et enfin quelques informations post-conflit et ce qu’il en reste aujourd’hui.

Côté français, la première galerie souterraine commença à être percée fin novembre 1914 ; le but en était une simple galerie d’écoute, partant d’un puits d’aération, donc purement dans un but défensif.
Dès décembre 1914, sous l’impulsion de la 6e DI, ce système défensif devient offensif ; la galerie est abandonnée au profit du creusement de deux demi galeries suivies de deux rameaux d’attaque. Ces deux galeries sont reliées par une transversale.

Les travaux sont en cours quand survient l’attaque allemande du 20 janvier 1915 ; un tunnel sans rapport avec la guerre de mines a failli tomber aux mains de l’ennemi et ce n’est après deux contre attaques françaises (le lendemain 8h00 et 11h00) que ces derniers réoccupent les positions de la veille. Ce tunnel, creusé au nord, vers la cimenterie, offrait sa protection à une section.
Le creusement continue inlassablement pendant les mois de février, mars et avril 1915, et est divisé en deux parties : des galeries défensives à gauche et des galeries offensives à droite, au fond desquelles des chambres allaient être constituées le plus près possible des tranchées ennemies afin de faire jouer des fourneaux.

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Lorsque la 1e Division remplace la 6e Division à la cote 108, les travaux de mines continuent sous le commandement du Chef de Bataillon Winkler (Commandant du Génie de la Division), du 27 avril au 15 juillet. C’est à partir de cette période que les travaux souterrains vont augmenter en intensité et ce sont environ 350 hommes qui vont participer à cette œuvre.
L’ensemble du système de mines de la cote 108 va devenir offensif, avec le creusement de rameaux de combats afin de tenir les Allemands écartés des galeries ; le réseau va également s’étendre sur la droite.

Les allemands ont pris quelque retard sur ces travaux ; les premiers signes de travaux souterrains germaniques commencent en avril et se poursuivent plus hardiment en mai.
Afin de contrer les véléhités teutonnes, Winckler fait jouer plusieurs camouflets les 15 mai (2 camouflets), 19 mai (1 camouflet) et 14 juin (2 camouflets).

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Ces entonnoir pourraient être les deux français et l’allemand au nord (voir le schéma des mines)

Au moins dans un premier temps, les allemands ne semblent pas chercher la guerre souterraine à outrance. Leur seule activité du printemps 1915 est l’explosion de 5 mines étalées du 31 mai au 27 juin : 31 mai, 7 juin, 20 juin, 21 juin, 27 juin (deux entonnoirs), toutes entre les premières lignes françaises et allemandes. Leur volonté était certainement d’ajouter une difficulté supplémentaire en cas d’attaque, et d’empêcher que les rameaux d’attaque français ne puissent trop s’approcher de leurs lignes.
Mais, coté français, ces entonnoirs n’ont entraîné aucun dégât, ni en surface, ni sous terre du fait de la grande profondeur du système (entre 13 et 15 mètres), situé sous les galeries allemandes.

Pendant ce ce temps, les français progressent ; leur but est de passer sous les premières lignes allemandes, les dépasser de quelques mètres et de faire jouer une mine, afin de détruire leurs défenses accessoires, leur premières ligne et détériorer autant que possible la ligne intermédiaire et ses abris, mais également leur système de mines.
Les trois galeries de mines (gauche, centre, droite) avancent rapidement.

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C’est ainsi que le 23 juin, un fourneau de 4650 kilogrammes de cheddite poussé jusqu’à 6 mètres au-delà des premières tranchées allemandes dans la galerie centrale, bouleversa celles-ci complètement sur 80 mètres environ créant un entonnoir de 40 mètres de diamètre, détruisit une partie des galeries allemandes. Trois des entonnoirs allemands furent entièrement comblés et un quatrième partiellement rebouché. Ordre fut de débourrer rapidement cette galerie centrale et de prolonger les travaux afin de faire jouer une autre mine.
La galerie de droite n’eut pas ce succès ; début, juillet, les écoutes indiquent que des travaux allemands s’avancent dans cette direction. Le 11 juillet, la tête de galerie perce sous les coups allemands. Le sergent-chef responsable de la galerie s’est caché avec deux sapeurs pour surprendre l’ennemi. Une fusillade suivie d’une lutte à la grenade s’engagea entre les deux groupes. Quelques instants après, les allemands s’étant retirés, le rameau fut l’objet de camouflets par les deux parties.

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Schéma des mines françaises ; les deux entonnoirs français sont ceux situés le plus au nord ; les autres ont allemands. La galerie de mines du sud est le système profond.

Cet épisode marqua le début d’une lutte intense non plus de mines, mais de camouflets dans cette zone de droite.
La galerie de gauche s’est poursuivie sans incident, et elle était déjà suffisamment avancée vers le milieu de juillet pour qu’on y pût lui faire remplir son rôle ; mais elle fut différée par le général commandant la 122e Division qui venait de prendre le commandement du secteur.
Cette période marque aussi le retournement de tendance dans cette guerre souterraine grâce aux travaux ayant détruit la galerie de droite.
Les français ont néanmoins pris l’initiative de faire exploser une mine le 6 octobre (la 122e DI avait quitte le secteur remplacé par la 2e DI), suivi de près par les allemands avec deux explosions le 15 octobre.

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La mine française infligea des dégâts similaires à leur mine du 23 juin ; les mines allemandes touchèrent les deux ailes et les tranchées de première ligne française, désorganisant également les travaux souterrains.
Les allemands contournent donc les galeries françaises, sans que ces derniers ne réagissent vraiment. Ce n’est que début novembre, la 1ere Division ayant réintégré ce secteur, qu’une nouvelle stratégie est mise en place. Elle prévoit le percement d’une nouvelle galerie d’évacuation des terres se reliant à la galerie principale, le percement de nouvelles galeries d’attaques démarrant de ce tunnel, et enfin un nouveau système de mines sur la droite, afin d’enrayer l’avance allemande.

Ces nouvelles décisions arrivèrent trop tard et le 6 décembre, les Allemands déclenchèrent la plus importante attaque souterraine que la cote 108 ait connue : la première, sur la droite était constituée de deux charges de 12000 a 15000 kg de cheddite (au total) ouvrant deux entonnoirs. Toutes les tranchées de cette zone furent comblées, les galeries de mines fort éprouvées et les abris de la première ligne et de la ligne intermédiaires furent détruits, ensevelissant de nombreux hommes.
La deuxième ne fut constituée "que" de 5000 kg et explosa sur la gauche des lignes.

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Pour contrer ces nouvelles attaques, les français continuent d’appliquer leur nouvelle stratégie.
A droite, les nouvelles galeries s’avancent afin de contourner celles des allemands.
Au centre, la lutte par camouflets continue afin d’empêcher les allemands de gagner du terrain sur cette zone, tel un tir d’interdiction d’artillerie.
A gauche, il est demandé d’envelopper les galeries allemandes ayant permis l’explosion du 6 décembre. Des camouflets doivent, comme au centre, interdire la poursuite des rameaux allemands.

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Telle est la situation de décembre 1915, sur laquelle nous allons clore cet article.

Bibliographie

A travers la grande guerre : La cote 108 près de Berry au Bac et la guerre de mines, 1915 - Général de Fontclare in Revue des Questions Historiques. (Ce document est disponible en ligne sur le site Gallica)

Revue Le Miroir

  • 25 avril 1915
  • 18 juillet 1915
  • 12 novembre 1916

Service Historique de la Défense, Vincennes

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